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Saul Leiter, pionnier de la photo couleur

Peintre et photographe de mode, Saul Leiter a surtout été un spécialiste de la photo couleur, qu'il a pratiquée en pionnier dès les années 1950 dans les rues de New York.

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Publié le 27 novembre 2013 à 18h50, modifié le 27 novembre 2013 à 19h20

Temps de Lecture 3 min.

Le photographe américain Saul Leiter à la Fondation Henri-Cartier-Bresson à Paris, le 16 janvier 2008.

Peintre et photographe de mode pour le Harper's Bazaar, Saul Leiter a surtout été reconnu pour sa photo couleur, qu'il a pratiquée en pionnier dès les années 1950 dans les rues de New York. Cet esprit frondeur, à l'humour grinçant, n'a connu la gloire qu'à l'âge de la retraite, dans les années 1990, et regardait cette célébrité tardive avec une certaine circonspection. Il est mort, mardi 26 novembre à New York, à l'âge de 89 ans.

Lire : le portrait paru dans Le Monde daté du 7 février 2008

Né en 1923 à Pittsburgh (Pennsylvanie) d'un père rabbin, qui espérait le même avenir pour ses trois fils, Saul Leiter était le rebelle de la famille. « Quand j'avais 13 ans, j'ai cessé de croire en Dieu, je suis devenu impossible, racontait le photographe au Monde en 2008. Mais j'avais compris que je devais choisir entre lui plaire ou me plaire. » Il raconte que son père, honteux d'avoir un fils artiste, pleure lorsqu'il fait sa première exposition. Il en garde un souvenir amer, et n'aura jamais d'enfants. « Je n'en ai jamais voulu. Ils grandissent et ils finissent par vous décevoir. »  Refusant de devenir un « juif professionnel », il quitte l'école de théologie, part à New York et fréquente les expressionnistes abstraits, comme son ami Richard Pousette-Dart. Il peint des toiles abstraites, court les expositions et se met à photographier les rues, avec des pellicules couleur.

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Loin de la tradition de la photo de rue, il fait des images aux cadrages surprenants, floues, mangées par des reflets ou des jeux de transparence, quasiment abstraites. La couleur est pour lui une matière, qu'il étale sur ses images comme des aplats dans ses toiles. A l'époque, la couleur n'intéresse pas grand monde : elle est jugée vulgaire, réservée à la photo commerciale, la publicité et la mode. Comme Saul Leiter n'a pas d'argent pour faire des tirages, il projette ses images à ses amis chez lui, lors de soirées diapos : « A la fin, on s'applaudissait mutuellement. »

Le photographe réussit à exposer au MoMA dans les années 1950 mais c'est avec la photo de mode qu'il gagne sa vie ainsi qu'une vraie reconnaissance : il travaille presque vingt ans au célèbre Harper's Bazaar et collabore à d'autres magazines. Mais, dans le monde de la mode, cette forte tête est toujours en décalage : il ne s'intéresse pas aux vêtements, il ne se mêle pas aux autres, il refuse la compétition. Le Français Frank Horvat, qui faisait partie de l'équipe du Harper's à l'époque, raconte : « Nous étions 25 photographes à tout faire pour réussir, à essayer tellement… Mais Saul semblait s'en moquer. Il était détaché, totalement déconcertant. Il est resté exactement pareil. »

TOUT SAUF AMBITIEUX

Indifférent à la gloire, Saul Leiter ne fera jamais rien pour promouvoir son œuvre : ses diapos couleurs s'empilent dans des boîtes, certaines moisissent, s'abîment, se perdent. Il peint pour son plaisir, il ne répond pas aux demandes d'exposition. « Je n'ai jamais eu d'ambition et je n'aime pas beaucoup les ambitieux, disait-il. Je n'ai pas cherché à faire carrière, j'étais un peu fainéant. Je préférais aller au café, écouter la radio, visiter des expositions. » Ou voir ses amis, les photographes Robert Frank et Louis Faurer, avec lesquels il parle de tout, « sauf de photographie ». En 1955, le responsable de la photographie au Museum of Modern Art, Edward Steichen, lui propose de faire partie de The Family of Man, une exposition itinérante qui deviendra mythique. Mais Saul Leiter n'enverra jamais ses images à temps.

Il faudra attendre les années 2000, quand la photo couleur des années 1970 connaît un regain d'intérêt dans les musées et sur le marché de l'art, pour qu'on redécouvre cette œuvre si particulière. Les expositions s'enchaînent, en Europe et aux Etats-Unis, il publie des livres – dont un photopoche en 2007. En 2012, un documentaire britannique, In no Great Hurry, a retracé son œuvre. Mais l'artiste, grincheux au cœur tendre, reste dubitatif face à son soudain succès. Il répond aux interviews par des pirouettes, se moque des journalistes, refuse de se prendre au sérieux.  « Je ne sais pas comment j'ai pris telle photo à tel moment ni pourquoi. Je ne sais pas si j'ai réussi à faire ce que je voulais : je n'ai jamais su ce que je voulais faire ! »

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