Marie Bourget

(1952-2016)

C’est au milieu des années 80 que Marie Bourget apparait sur la scène artistique française, au moment où tous les regards se tournent vers la figuration libre et le renouveau de la peinture. C’est à l’opposé de cette tendance que son œuvre se définit, dès l’origine, par une économie de moyens, à la limite du dépouillement, par l’exigence d’un travail aux frontières de l’art conceptuel. Désignée comme appartenant à la nouvelle génération d’artistes inclassables, Marie Bourget est repérée très rapidement au point d’être choisie par Suzanne Pagé pour participer en 1986 à la Biennale de Venise dans le Palais des prisons, sous l’égide de l’Association française d’action artistique, en compagnie de Boltanski et de Leccia, tandis que Buren investit le pavillon français.

De 1980 à 2005, la présence de Marie Bourget sur la scène artistique française est très remarquée. Elle est rapidement considérée comme un des artistes majeurs pour son approche inédite de la sculpture contemporaine. Les galeries parisiennes se l’arrachent. Après un début à la galerie Verrière de Lyon, la voici d’abord chez Claire Burrus, puis Ghislaine Hussenot, Gilbert Brownstone et enfin Martine et Thibault de la Châtre. Le réseau international lui ouvre ses portes aux Etats-Unis (Asher Faure Gallery à Los Angeles, Farideh Cadot à New-York), en Allemagne (Galerie Von Witzleben à Karlsruhe), en Italie (Galerie Paolo Vitolo à Rome), en Suisse ( Galerie Andata Ritorno à Genève), à Londres (Victoria Miro Gallery), en Belgique ( Galerie Micheline Szwajer à Anvers). Les institutions, parmi les plus prestigieuses du moment, programment le travail de Marie Bourget , soit en solo, soit en exposition de groupe ( Le Nouveau Musée de Villeurbanne, Le Mamco de Genève, Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Le consortium de Dijon, Le Guggenheim et The New Museum of Contemporary Art à New-York pour ne citer que ceux-ci). La Biennale de Sydney l’accueille en 1988.
De nombreuses œuvres entrent ainsi dans les collections publiques.

Dès ses origines, l’œuvre de Marie Bourget questionne la perception que nous avons des choses qui nous entourent et la difficulté que nous avons à en rendre compte, principalement par le biais du langage. Marie Bourget s’exprime avec des formes réduites à la plus simple expression pour atteindre une évocation puissante et surprend par ce raccourci plastique. Aucune dimension décorative ne vient troubler la rigueur de son travail mais l’humour distancié fait partie de cet univers. Certaines pièces emblématiques sont construites sur la base d’un mot et de sa représentation (Où, S.E.X). Ni objets, ni sculptures au sens strict, ces œuvres sont au croisement des différents médiums. Une certaine poésie se ressent face aux œuvres de Marie Bourget, par les titres donnés à celles-ci, se référant au paysage ( Lac, La Vallée, Ciel ) ou aux états psychiques (Plainte, Silence, complot…) mais aussi dans les rapports entre matériaux et les symboliques qu’ils dégagent. Son corpus est composé de dessins, d’estampes, de photographies, de sculptures métalliques, d’objets fabriqués et d’installations. Les couleurs présentes sont des monochromes discrets et les formes épurées.

A partir de 2005, Marie Bourget décide de se retirer de la scène artistique sans pour autant cesser sa production. En admiratrice de Marcel Duchamp et très bonne connaisseuse des attitudes de ce dernier face à l’acte créateur, soucieuse de ne pas céder au schéma productiviste, qui par la multitude des propositions qui lui étaient faites depuis quelques années pouvait nuire à son œuvre, elle choisit de disparaître et de donner ainsi à ce repli un sens artistique. Naissent alors des séries d’aquarelles, technique basique, réminiscence d’un apprentissage écourté à l’école des beaux-arts de Beaune (qu’elle terminera à l’école de Lyon). Ces œuvres, que l’on doit qualifier de figuratives, s’inscrivent dans un travail plus émotionnel, concentré sur un regard rétrospectif de l’artiste sur son parcours. On peut y déceler ainsi la référence aux œuvres qu'elle a réalisé auparavant; comme un bilan artistique auquel elle se livrerait.

Un travail à quatre mains avec Richard Vessaud débute dès lors, ouvrant de nouvelles perspectives à Marie Bourget qui n’en verra pas l’aboutissement physique. Un nouvel élan créatif se met en place, stoppé par son décès en 2016. Les nombreux concepts dessinés par les deux artistes n’auront été montrés que partiellement.

Le travail de Marie Bourget prend place dans l’histoire de l’art de la fin du XXème siècle et tout début du XXIème. Pour preuve, les nombreux prêts de ses œuvres consenties par les collections publiques à l’occasion d’expositions d’art contemporain exigeantes, et ce malgré sa disparition prématurée. Ainsi le Printemps de Septembre de Toulouse consacre cette année un focus sur son travail.

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Henri Castella