Ondine d’Aloysius Bertrand

bertrand_gaspard J’ai choisi aujourd’hui de publier sur ce blog mon poème préféré du recueil Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand.
Aloysius Bertrand, de son vrai nom Louis Bertrand, (1807-1841) est considéré comme l’inventeur du poème en prose, et son recueil Gaspard de la nuit a été publié de façon posthume en 1842.

Ondine

 » Ecoute ! – Ecoute ! – C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

– Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.

– Ecoute ! – Ecoute ! – Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »

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Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

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Maurice Ravel a écrit une magnifique pièce pour piano inspirée de ce poème, il s’agit d’Ondine de Gaspard de la Nuit (1908) dont je vous donne le lien :

5 réflexions sur “Ondine d’Aloysius Bertrand

  1. arbrealettres

    Je ne connaissais pas du tout 😉
    Pas trop fan de prose poétique mais j’aime bien le final:  » s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus » 🙂
    et merci pour ce beau morceau de piano très aérien.. ou peut-être plutôt aquatique! 😉

    1. Contente de te l’avoir fait découvrir.
      Comme j’écris des poèmes en prose depuis quelques mois je m’intéresse de plus en plus à cette forme poétique.
      Le morceau de Ravel fait partie d’une suite pour piano « Gaspard de la nuit » qui comporte trois morceaux : Ondine, Scarbo et Le Gibet mais Ondine est celui que je préfère.

  2. Gatien

    J’aime beaucoup le côté enchanteur de ce poème en prose !
    Moi non plus, habituellement, je n’en lis pas beaucoup, si ce n’est la poésie du jeune Jean-Baptiste Pedini (j’en profite pour recommander la lecture de son blog et ses recueils ; j’adore les images, belles et surprenantes, de ses textes).

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